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le travail photographié par les jeunes du quartier Chataigneraie/Arago

Workshop mené avec des adolescents de l'Espace social de la Chataigneraie à Pessac, avec l’artiste Olivia Gay , du 25/04/22 au 29/04/22.

LE PROJET
vu par l'artiste

Le projet photographique est organisé dans le cadre du projet d’éducation à l’image de l’artothèque de Pessac : « Aujourd’hui la jeunesse, la vie devant soi : Photographier le travail ». Il s’est déroulé sur une semaine, les après-midis, pendant la deuxième semaine des vacances scolaires d’avril 2022. Le premier jour, le 27 avril 2022, étaient présents :  Awa, Soumya, Nacer, Camyla, Nesrine, Yasmine, Lina, Adem, Leïla et Louca, ainsi que Ilias, animateur jeunesse, qui a grandi et vit toujours dans le quartier, et Matthias, animateur social. La première question a été posée par Nacer : « C’est dur d’être photographe ? ». J’ai répondu en disant que le plus dur était de durer. J’ai d’abord expliqué qu’une photographie ne représente jamais la réalité, mais une vision de la réalité, une interprétation. C’est là qu’il y eu le déclic, devant les photographies de Soumya et Safa, deux jeunes sœurs photographiées ensemble sur un banc, en avec en arrière-plan, un immeuble de la cité des Côteaux à Mulhouse, où elles habitent ; de Melek, jeune femme déboutée du droit d’asile photographiée dans un café, ou encore des chasseurs de l’Aube, photographiés à l’aube, en hiver. Le lien entre un territoire, un paysage, un lieu de vie, et ses habitants. Ils s’expriment sur ces images qu’ils trouvent très belles. Puis les jeunes se taisent. Nous leur proposons de réfléchir à ce que signifie pour eux : travailler, sujet de notre workshop. Ont-ils déjà un métier en vue ? Ou un rêve ? Et qu’aimeraient-ils montrer du travail quotidien réalisé ici, dans cette petite cité située à proximité de Bordeaux, habituellement calme, mais qui depuis quelques jours connait de nouveau des tensions ? S’interroger sur le travail tel qu’on le voit, c’est s’interroger sur la manière dont il est appréhendé par les hommes et les femmes. Car le travail des femmes disent-ils ne se voit pas - il est intérieur (ménage, enfants, cuisine). Alors ce qui se voit du travail dehors, ce qui est donné à voir du travail, ce sont plutôt les hommes qui le font. 

Ces rencontres avec ces jeunes nourrissent ma réflexion, mon travail de photographe artiste-reporter, intéressée par la question sociale et politique. Comment, depuis leur microcosme, se sentent-ils reliés au monde ? Quelles images les habitent ? Et comment créer un dialogue d’égal à égal ? 

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La semaine du 25 au 29 avril 2022 se tenait au Centre Social de la Châtaigneraie un workshop coordonné par Olivia Gay, photographe et reporter. Pendant une semaine, celle-ci s’est rendue chaque après-midi, pendant environ deux heures, au centre social du quartier. La première séance a été consacrée à une présentation du travail d’Olivia Gay. Pendant deux heures, celle-ci a montré plusieurs séries de ses photographies prises à différents endroits du monde. La photographe est par exemple allée à la rencontre de femmes réfugiées dans des camps en Palestine, a suivi le quotidien de prostituées au Brésil … Son travail a suscité moult questionnements et interrogations (« Est-ce que c’est dur d’être photographe ? »).

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L’artiste a ensuite engagé une réflexion sur le travail axée plus particulièrement sur le quartier de la Châtaigneraie : quels sont les travailleurs que l’on voit ? Ceux que l’on ne voit pas ? Les adolescents ont évoqué la notion de travail sous le prisme de leur quotidien : certains ont par exemple expliqué que peu de femmes étaient visibles au travail à la Châtaigneraie car la plupart effectuent un travail domestique, comme la garde d’enfant, ou le ménage. La Châtaigneraie comporte un petit centre qui concentre tous les commerces de base (supermarché, opticien, pharmacie, coiffeur, tabac…) : c’est principalement à cet endroit que se concentrent les travailleurs du quartier. S’ajoute à cela les agents de la mairie, nettoyeurs, hommes à tout faire qui circulent dans le quartier et sont connus de tous (Saïd est par exemple un nettoyeur très apprécié pour sa bonne humeur, décrit comme toujours gai, chantonnant…). Les jeunes ont appris à développer une approche, en demandant la permission et l’accord des travailleurs et des commerçants pris en photo. Le groupe a expérimenté la prise de vue avec un boîtier photo : comment placer son corps face à la scène ? Comment cadrer ? Comment jouer avec la lumière ? Cet apprentissage a également suscité des questions, Adem s’est par exemple demandé pourquoi une image semble toujours plus belle que la réalité.

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​Les workshops prenaient la forme de déambulations dans le quartier, les jeunes guidant l’artiste dans leurs lieux de vie, le but étant d’aller à la rencontre des travailleurs pour les photographier dans leur quotidien. Les jeunes, loin d’être timides, n’ont pas eu peur d’expliquer leur démarche, d’aller à la rencontre des différents travailleurs…  Le groupe a réussi à les capturer à l’œuvre tout en gardant une certaine spontanéité : les photographies, loin d’être figées, laissent transparaître la personnalité de leurs sujets. Si certains travailleurs ne voulaient pas que leurs visages soient pris en photo, les jeunes truquaient, en photographiant un détail comme le brassard du vigile ou suggéraient à la personne de poser de dos.

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Chacun s’est laissé prendre au jeu, récoltant à la fin des centaines de photos, non seulement de travailleurs ou d’habitants mais aussi des photos du quartier même, des immeubles, des éléments végétaux ou architecturaux pour dresser le portrait de la Châtaigneraie², lieu dans lequel chacun semble se connaître, en témoignent certains jeunes comme Yasmine : « Ici, dès qu’une nouvelle personne arrive, elle est tout de suite accueillie ».  C’est cette véritable solidarité qui ressort lorsque l’on se promène dans le quartier ou que les jeunes racontent  leur quotidien, sans pour autant nier une autre réalité comme les conflits avec la police.

Le quatrième après-midi, Olivia tient à réaliser des portraits individuels des participants au projet artistique. Certains se sont habillés pour l’occasion, cheveux bouclés et longue veste en soie pour Yasmine, talons aux pieds pour Camélia. Les jeunes choisissent l’endroit où ils désirent être photographiés, au pied des tours ou au milieu d’un grand espace vert et fleuri. Même les plus réticents se laissent prendre au jeu.

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Après un tri important des photographies, celles-ci sont imprimées et il s’agit alors pour les participants de sélectionner les photographies qu’ils préfèrent (environ 6) et qui seront destinées à intégrer l’exposition rétrospective du projet Aujourd’hui la jeunesse la vie devant soi. Les photos sont ensuite montrées et distribuées aux travailleurs qui ont accepté de se laisser photographier tout au long de la semaine. Le workshop se termine sur une discussion entre le groupe d’adolescents, ils sont interrogés sur leur vision du travail, sur leur avenir. Pour la plupart, la notion de travail sous-tend une certaine angoisse, une incertitude. Si l’un souhaite devenir entrepreneur, une autre architecte, la plupart ne savent pas encore à quel métier ils

souhaitent se destiner car cela leur semble encore lointain : « J’ai aimé faire des photos mais je n’ai pas aimé le thème, j’aurais voulu être plus libre, pouvoir photographier la vie du quartier… » (Yasmine). D’autres avouent avoir été réticents à l’idée de prendre part à ce projet artistique : « A la base je n’étais pas trop intéressée mais le groupe m’a donné envie de participer, j’ai aimé l’ambiance » (Leïla). Le workshop se termine sur une nouvelle discussion autour du travail d’Olivia, et certains adolescents posent  des questions qu’ils n’osaient pas poser jusqu’alors : « Comment avez-vous fait pour aller vivre avec des femmes prostituées ? Pour habiter aux mêmes endroits qu’elles ? ».

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